Vivre du Gospel en Guadeloupe, une utopie?

Un aparté de quelques minutes pour réfléchir sur la situation de la Gospel music en Guadeloupe.Cet article fait écho du Meeting Gospel de janvier 2019, organisé par Blue Melody School Radio.

Chantres, musiciens, choristes, techniciens, passionnés amateurs ou professionnels, tous le monde se côtoie dans le milieu. Au premier abord, on peut penser qu’il s’agit d’un système bien rôdé, une famille soudée.

Mais si l’on regarde plus en profondeur, on réalise qu’il y a un gros travail à mener, tant au niveau des mentalités, mais aussi des pratiques courantes au sein de la Communauté.

Le meeting des acteurs de la Gospel s’est mené sur deux jours afin d’échanger, réfléchir sur les pistes de développement du secteur “gospel” au sein de notre île, plus largement au sein du bassin caribéen.

Qu’on se le dise : au-delà d’une volonté de servir Dieu par ses talents, ses compétences, affirmer ses convictions spirituelles et impacter son environnement de manière positive, hors des murs de l’église, en communiquant des valeurs « chrétiennes », il a été souligné que l’intervenant dans la Gospel Music doit faire face à une amère réalité. Soit le don / talent n’est pas reconnu à sa juste valeur, ou il est tout simplement (sur)exploité, de manière maladroite.

POINTS DÉBATTUS

Peut-on considérer l’existence d’un statut d’  « artiste chrétien » ?

L’artiste utilise l’art comme moyen d’expression et de revendication. Le but est de créer un lien, témoigner. Initialement, le chrétien est un individu conduit par des convictions, déterminé à les communiquer.

Problématique soulevée : vrai problème de mise en lumière des artistes locaux du secteur, faut du peu de supports existants.

L’artiste chrétien doit clairement affirmer un point de vue, basé selon la Parole de Dieu, mais aussi adopter un regard critique et pertinent. Ainsi démontrer que l’Evangile répond encore aujourd’hui aux questions actuelles.

Attention au « patois de Canaan », au langage « churchy », surtout lorsqu’on s’adresse au public non sensibilisé par l’Evangile.

Paradoxalement, doit-on vraiment s’attendre à une reconnaissance venant de l’extérieur ? Car le monde n’est pas friand d’entendre le nom de Jésus, au risque de tomber de prosélytisme. Néanmoins, on constate trop de parodies et de désacralisation de la part du monde séculier, comparé à la religion islamique ou juive (par exemples).

VIVRE DE SA PASSION

L’artiste chrétien (de manière courante dans la musique) peut-il vivre de sa passion aux Antilles, comparé aux artistes américains ?

Premièrement, c’est une question de mentalité, au niveau du rapport à l’argent. En second lieu, la légitimé de l’art par sa communauté. En définitive, « si ce que tu fais, je réalise le temps, l’investissement mis dans le projet, je comprends qu’il faut investir en toi, alors je suis prêt à payer. »

Vivre de sa passion aux Antilles reste difficile car la communauté s’est au fil des années habituée à participer aux événements gratuits et n’a pas été sensibilisé aux coûts liés à l’organisation d’un événement (location de la salle ou de chapitaux, logistique scène et sons, enregistrement à la Sacem,…).

Autour des artistes, il faut des gens qui puissent les accompagner dans leur démarches, car bien souvent, en autoproduction, l’artiste doit gérer la partie artistique et administrative de sa carrière.

ARTISTE OU SERVITEUR ?

La particularité de l’artiste chrétien, c’est qu’il reconnait que son talent ne vient pas de lui, mais de Dieu. Certains artistes sont aussi serviteurs dans leurs églises (chantre). Il leur incombe particulièrement d’être conduit selon une direction divine.

 

POURSUIVRE L’EXCELLENCE … .

Qu’on le veuille ou non, l’excellence est rattachée à l’investissement financier du projet artistique. On regrette que l’Eglise n’investisse pas suffisamment en ceux qui ont des dons clairement remarqués.

Investir en la personne sous-entend la recherche du perfectionnement de son art : pour le chanteur / chantre, prendre des cours de chants, pour le pianiste, prendre des cours ou avoir son instrument personnel.

Et pourtant, l’Eglise n’est pas en reste de son vivier de qualité. A contrario, lorsque ce talent est pris à la légère, le monde se réjouit et accueille à bras ouverts ces recrues. Aux Etats Unis, on remarque que beaucoup d’artistes de renommée ont grandi à l’église pour ensuite se rendre ‘’dans le monde’’ … .

 

ARTISTE CHRÉTIEN & MÉDIATISATION

Comme dit un peu plus haut, les artistes regrettent le peu de couverture médiatique. Un véritable champ de formation doit être mis en place pour développer une correspondance aussi bien auprès des médias chrétiens, mais aussi séculiers.

La communauté, bien souvent n’est pas familière avec les outils propres aux médias tels que le dossier ou le communiqué de presse. Ou quelque fois la qualité laisse à désirer.

L’artiste Williams Café a partagé son témoignage, en qualité de précurseur du Gospel Urbain en Guadeloupe.

La médiatisation, c’est aussi proposer son art aux organismes et collectivités institutionnelles (fêtes patronales, festivals,…). Est-ce que les organisateurs sont au fait des démarches à suivre (courrier, présentation des objectifs, structuration juridique,…).

En clair, communiquer nécessite de la méthodologie.

Il ne faut pas oublier non plus que les médias séculiers ont des règles à respecter (service public, laïcité).

DES PISTES A EXPLOITER

Beaucoup de moins ont été relevés, mais ce meeting s’est clôturé par la proposition d’une série de solutions à mettre en œuvre, afin que les choses avancent :

  • Construire un réseau de compétences, afin de consolider le réseau de professionnels et de personnes qui veulent se lancer
  • Faire appel au financement participatif pour financer les projets de grande envergure

Sur ces deux jours, nous avons pu saluer la Présence de Pac Man, Williams Café, Elianne Arlette Kancel …. .

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